Qui est Denise Epstein?


Denise Epstein présentée par Nicole Hurstel Zimermann

Qui est Denise Epstein ? Ou plutôt qui était Denise, qui nous a fait la sale blague de partir visiter les étoiles il y a maintenant près de quatre ans ? Moi, je l’ai rencontré à la première réunion de la commission culture de ce qui n’était alors que « l’association des juifs libéraux de Toulouse » (Deux communautés maintenant !!!!) que nous avions organisé, à l’époque, à la maison communautaire de la rue du Rempart St Etienne. C’était une conférence-débat avec Didier Daeninckx, à propos de l’ouvrage Les chiffonniers de l’Histoire. Une vieille dame aux chevaux blancs s’est levé dans la salle pour demander si la lettre qu’elle venait de recevoir du Ministère des Anciens Combattants lui apprenant que ses parents tous deux disparus à Auschwitz, étaient partis l’un du choléra l’autre d’une mauvaise pneumonie, cette lettre, donc, n’était pas du révisionnisme pur et simple ????? Ni Didier ni moi, n’avons su lui répondre sur le moment. J’ai proposé à Denise de venir chez elle, pour voir cette lettre…. Sur place, j’ai compris immédiatement, à la vue des couloirs de livres et des immenses bibliothèques qui occupaient toute la place disponible dans son HLM, que Denise, fille d’Irène Némirovsy, savait bien lire et comprendre le révisionnisme…. En remontant la pente nous avons compris toutes les deux qu’il s’agissait des archives nazies que Moscou avait prises à Auschwitz et qui venaient d’être transmises à la France. Laquelle, sans réfléchir, les avait immédiatement transmises aux « intéressés »…. Ce fut le début d’une longue amitié avec Denise, ce petit bout de femme qui pouvait soulever des montagnes et qui avait consacré la fin de sa vie à faire revivre l’œuvre de sa mère, l’écrivaine Irène Nemirovsky, assassinée à Auschwitz dans l’indifférence générale, et qui, du coup, était tombée dans l’oubli après avoir été l’une des écrivaines les plus en vogue avant-guerre. Après avoir tenté, avec succès souvent, de faire éditer les œuvres de sa mère qui ne l’avaient pas été, Denise a patiemment déchiffré le cahier que son père lui avait transmis avant son arrestation dans une valise qu’elle a précieusement conservé de cache en cache pendant toute la guerre : la dernière œuvre de sa mère, qui romançait en direct la guerre et l’occupation. Et c’est ce livre, Suite Française, qui a finalement été édité en 2004, devenant immédiatement un succès mondial, traduit en d’innombrables langues et prix Renaudot en France à
titre posthume…. Transformant aussi Denise, qui ne touchait que sa très maigre retraite, en riche héritière et en globe-trotter infatigable pour aller présenter dans tous les pays du monde l’œuvre de sa mère….. Mais sans changer sa nature profonde, généreuse et plaçant au-dessus de tout la culture et l’intérêt pour les autres. Même si son passé d’enfant cachée la conduisait à compartimenter soigneusement sa vie, au cas où…..Elle qui avait eu tant de mal à vivre la disparition de sa mère à l’âge de 13 ans et qui adorait ses trois enfants refusait pourtant de leur préparer le petit déjeuner pour qu’ils aient moins de mal à supporter une éventuelle séparation….
Amie précieuse, Denise aurait sans doute souri si on lui avait proposé de son vivant de voir une association culturelle porter son nom….. Mais faire vivre sa présence est sans aucun doute le plus bel hommage qu’on pouvait rendre à celle qui a consacré sa vie à la mémoire et à la transmission. Et le plus bel augure qui soit pour notre association »